La deuxième vague

La seconde vague de l’improvisation libre en Europe (souvent appelée "deuxième génération"), qui a émergé au cours des années 1970 (principalement entre 1973 et 1979), a profondément redéfini les codes esthétiques et politiques mis en place par les pionniers de la fin des années 1960.

Alors que la première génération (portée par Derek Bailey, Evan Parker ou Peter Brötzmann) se concentrait sur l'invention d'un langage purement abstrait, non-idiomatique et farouchement opposé aux structures musicales traditionnelles, la seconde vague a apporté une approche plus hybride, irrévérencieuse et ouverte.Caractéristiques majeures de la seconde vagueDésacralisation et humour : Contrairement à la rigueur et au sérieux parfois solennels de la première génération, les nouveaux musiciens injectent de l'absurde, de la dérision et une théâtralité assumée dans leurs performances.

Hybridation des genres : La seconde vague refuse de s'enfermer dans un "style" d'improvisation libre. Elle intègre volontiers des influences venues du proto-punk, du rock expérimental, des jouets musicaux, de la musique pop détournée et de la musique contemporaine.

Développement de l'électroacoustique : L'usage de l'électronique en temps réel, de la manipulation de bandes et de synthétiseurs rudimentaires se généralise pour élargir la palette sonore.Organisation en collectifs : Face au désengagement des labels majeurs et aux coupes budgétaires de l'époque, cette génération s'organise de manière militante. C'est l'âge d'or de structures collaboratives comme le London Musicians Collective (LMC) en Angleterre ou des réseaux de diffusion parallèles partout en Europe (France, Allemagne, Pays-Bas).

Acteurs et collectifs clés

Angleterre : Steve Beresford, David Toop, Terry Day, Paul Burwell, Peter Cusack.Impulsion très théâtrale et iconoclaste, création du magazine Musics. Féminisme actif avec le Feminist Improvising Group (FIG).

Allemagne / Suisse : Elvira Plenar, Co Streiff, Matthias Müller.Liens étroits avec les festivals autogérés (comme le festival Canaille) et l'intégration des musiques folkloriques ou contemporaines.

France : Le Workshop de Lyon (évoluant depuis le Free Jazz Workshop), Jean-Marc Montera.Une approche très politique, liant émancipation sociale et démocratie sonore collective.

Cette seconde vague a prouvé que l'improvisation libre n'était pas un dogme figé, mais une pratique mobile, capable d'absorber toutes les expressions culturelles de son époque